Le véritable enjeu écologiste

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Le véritable enjeu écologiste

Certains accusent les écologistes de traiter de sujets qui ne semblent pas reliés à la pollution ou à l'observation des oiseaux dans leur milieu naturel. D'autres les accusent de "récupérateurs de causes perdues", ou encore les qualifient d'utopistes. Je crois que ceux-ci n'ont pas saisi les liens très étroits entre écologisme, économie, culture, politique et pouvoir. Et une critique qui se limiterait au niveau de l'environnement serait passer à côté du noeud du problème.

L'écologisme c'est bien sûr dénoncer l'exploitation de la nature par l'homme, mais c'est aussi dénoncer l'exploitation du tiers-monde par les pays riches, des noirs par les blancs, des femmes par les hommes, etc.

Une question de pouvoir

En fait, la crise écologique actuelle n'est qu'une manifestation d'une vaste crise sociale à l'échelle mondiale, d'un système politico-économique qui fonce vers un mur à une vitesse vertigineuse et qui ne peut conduire ailleurs qu'à l'auto-destruction. L'Homme exerce un pouvoir sur la nature. Examinons maintenant le pouvoir qu'il exerce sur ses semblables.

Le mythe du progrès

S'il est un mythe fortement ancré dans notre société, c'est bien celui du progrès. Le progrès économique. La croissance économique. Pour maintenir la croissance, il faut consommer toujours plus, ce qui implique la croissance de la destruction des ressources naturelles, la croissance de la dégradation de la vie humaine, la croissance des inégalités entre les riches et les pauvres, la croissance du pouvoir des "experts", de la science et de la technologie au détriment de l'individu ou de la communauté. Le mythe du progrès comporte des contradictions tellement flagrantes qu'elles en deviennent oubliées.

Voici un simple exemple de deux familles (2 parents et 2 enfants). La famille A possède un revenu de 80000$, habite la banlieue avec la piscine derrière et une belle pelouse traitée aux pesticides, possède deux voitures, fait garder ses enfants à la garderie, cotise à des fonds de pension, se paie régulièrement un repas au restaurant ou une soirée au cinéma.

La famille B vit sur une ferme écologique et cultive pour leurs propres besoins et pour fournir un petit jardin communautaire. Les enfants sont élevés à la maison. La femme fait du bénévolat 2 soirs par semaine. Ils échangent de nombreux services avec leurs voisins.

Quelle famille est la plus rentable économiquement? Et laquelle est la plus fonctionnelle, la plus écologiquement rentable?

Le profit est le seul but visé

Le but des entreprises est clair. Pourquoi ne pas profiter de la mode "verte" pour faire de l'argent des deux mains en même temps? Pourquoi, tout en continuant à exploiter les ressources naturelles et à polluer, ne pas créer parallèlement une "industrie de la dépollution", par exemple le traitement de l'eau potable, ou le recyclage?

Comment augmenter les profits, de connivence avec les autorités politiques et militaires, sinon en maintenant les gens du Tiers-monde dans un état de pauvreté, en les dépossédant de leurs terres, en leur volant leur autonomie, pour les forcer à aller travailler dans des champs ou des usines à salaire infime, pour produire des biens qui seront vendus à prix d'or dans les pays riches?

Comment augmenter ses profits, sinon en imposant une idéologie selon laquelle pour être heureux il faut consommer? Et que le modèle actuel est le seul possible?

Une foi aveugle en l'avenir

On pollue, on détruit les ressources naturelles, peu importe les conséquences. On espère que dans le futur, de nouvelles technologies viendront solutionner les problèmes que nous créons chaque jour. Un peu comme un homme qui s'endette aveuglément dans l'espoir qu'il finira par gagner le gros lot à la loterie pour rembourser ses dettes...

L'action écologiste

Force est de constater qu'aujourd'hui la crise est majeure. Et qu'il faudra donc qu'il y ait des changements majeurs pour en arriver à un monde plus viable. Il n'est plus question de simplement faire pression pour demander au gouvernement de fixer des lois anti-pollution plus sévères, si ce faisant on transfère le problème vers d'autres pays. Il faut transcender la hiérarchie sociale telle qu'elle existe aujourd'hui. Chaque personne doit revendiquer et reprendre sa liberté, en tant qu'individu et en tant que communauté. Les décisions doivent être prises par la base, dans le but de servir les intérêts de chacun, et non le profit.

En conclusion

Voilà donc pourquoi l'écologiste s'associe aux luttes contre l'exploitation du Tiers-monde par les pays riches, critique une société prônant la surconsommation et réclame une réelle démocratie par la base. Lorsqu'on veut corriger une aberration, il faut s'attaquer au noeud du problème (exploitation et foi aveugle en la technologie), non seulement à ses manifestations extérieures (problèmes environnementaux), sans quoi le problème va simplement se manifester d'une autre façon.

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Dernière modification : jeudi 14 juin 2001.