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Le Mauritien - jeudi 5 juillet 2001

Tant qu'il y aura des juges belges

Passés quasi-inaperçus, les propos du ministre de la Justice lors de l'atelier de travail sur les brutalités policières organisé par SAHRINGON, le 23 juin dernier, sont pour le moins étonnants, surprenants, déplorables.
Qu'a dit le ministre? En substance ceci: "Chaque Mauricien doit agir de manière responsable et s'abstenir de faire des allégations frivoles, non soutenues et gratuites (…) Il faut qu'on s'assure que de telles allégations n'obtiennent pas de couverture démesurée qui ternissent l'image de Maurice, surtout à un moment où le gouvernement fait un véritable effort pour promouvoir le pays dans le processus de globalisation".

Autant qu'on le sache, Kaya n'est pas mort de sa belle mort et son décès a eu lieu "in police custody"; de même que Vijay Nancy qui vient de trouver la mort à Alcatraz. Nancy s'ajoute à une trop longue liste de personnes décédées en détention policière dont fait état d'ailleurs le légiste Dick Ng Sui Wah dans son rapport: "Police brutality in Mauritius" rendu public lors de l'atelier de travail de SAHRINGON. Ce qui fait d'ailleurs dire au légiste que la brutalité policière fait malheureusement partie de notre culture. "Police brutality is unfortunately a reality in every day's life (…). There is a wide tendency in Mauritius to believe that the police are not always very ethnical and professional in dealing with the general public and indeed with the arrested persons/suspects/detainees. Police brutality it would seem forms part of the Mauritian culture and it is very often believed that it is the only successful way to advance an inquiry (…) It will take time but a strong determined Minister of Interior and a positive help from the other stakeholders such as NGO's can improve matters considerably. The state and the legislators must really tighten up the legislations and set up at soonest an independent body to inquire in complaints against members of the police form, but this time a body that can take measures and apply sanctions…".

Conscients que les brutalités policières, outre qu'elles sont un déni des droits de l'homme, sapent le fondement même de la démocratie et comme un prolongement de l'atelier de travail de SAHRINGON, des ONG tant locales qu'internationales font actuellement circuler une pétition à être adressée au Président de la République et au Premier ministre dans laquelle elles font ressortir notamment que "une "destination touristique de rêve" ne peut pas être aussi un pays où 4 personnes meurent chaque année entre les mains de la police, sans que les coupables soient recherchés, et où des personnes se plaignent des violences de leur police (…) L'île Maurice ne redeviendra dans nos coeurs et dans les medias, une destination potentielle, que lorsque des mesures auront été prises 1) pour faire cesser les violences policières, 2) pour découvrir les causes et les coupables des décès, 3) pour que les coupables soient châtiés, 4) pour que les droits de l'Homme soient respectés.

L'impunité de criminels présumés ou avérés constitue une autre menace à la démocratie et un autre déni de justice. Et s'il faut reconnaître au moins une vertu à la mondialisation, c'est bien celle-ci: impunis dans leur pays des criminels peuvent être aujourd'hui poursuivis sous d'autres juridictions, étrangères. Ainsi on a vu dans un passé récent comment Pinochet, dictateur sanglant, a été rattrapé par son passé et la justice en Grande-Bretagne, comment des "génocideurs" du Rwanda ont été traînés devant le Tribunal Pénal International à La Haye, Pays-Bas, et condamnés.

Aujourd'hui Slobodan Milosevic, ancien président yougoslave, est devant le même Tribunal Pénal International pour répondre d'accusations de crimes de guerre et de crime contre l'humanité. Car cette humanité n'a pas oublié les massacres perpétrés, sur ordre de Milosevic, au Kosovo, en Bosnie et en Croatie. Par ailleurs-et ceci est capital!- la justice belge, saisie par des organisations palestiniennes, se déclare compétente pour poursuivre le présent Premier ministre israélien, Ariel Sharon, pour les massacres de civils palestiniens à Sabra et Chatila. En tenant compte de ce qui précède, des organisations de droits de l'homme devraient saisir le Tribunal Pénal International ou la justice belge des actions d'épuration ethnique perpétrées en février 1999 sur le sol mauricien à Cité Mère Teresa, Triolet, et à Cité Ste Claire, Goodlands, et restées impunies.

Tant qu'il y aura des juges à Bruxelles on est en droit aujourd'hui de ne pas désespérer de la justice des hommes.

Jean-Clément Cangy

 

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Dernière modification : jeudi 05 juillet 2001.